Lafarge

La légende de Lafarge

Le voici, l’intermédiaire de l’organisation État islamique, accusé d’avoir persuadé des cadres du groupe Lafarge de s’acoquiner avec Daesh, pour faire fonctionner leur usine syrienne, quitte à enrichir des terroristes. Dans un bureau du huitième arrondissement de Paris nous nous attablons de longues heures et à deux reprises avec cet homme né à Damas, porteur de deux passeports, l’un syrien l’autre canadien. Amro Taleb. Son nom revient une centaine de fois dans le dossier pénal ouvert fin 2016, dans lequel huit anciens dirigeants du cimentier sont mis en examen pour financement du terrorisme, ainsi que la société Lafarge en tant que personne morale.

La carrière syrienne de Lafarge

Le groupe cimentier Lafarge, fleuron du CAC 40, a délibérément coopéré en Syrie avec l’organisation État islamique (EI) pour préserver ses activités industrielles dans le pays. La société a été mise en examen au mois de juin 2018 pour « financement d’une entreprise terroriste ». Ses dirigeants sont soupçonnés d’avoir d’une part autorisé le versement de bakchichs à des membres de l’EI, pour garantir la sécurité des salariés et le transport des marchandises ; et d’avoir d’autre part autorisé des ventes de ciment aux groupuscules terroristes au moment où son site de production allait tomber entre leurs mains. Mais les pièces du dossier et les témoignages des rares initiés reconstituent une autre histoire, plus incertaine. Plus grise. Celle-ci implique directement l’administration en charge du contre-terrorisme, la DGSI, le Quai d’Orsay, et les services de renseignement extérieurs de la DGSE.