Mohamed Merah au coeur de la pègre salafiste

[Cette enquête, cosignée avec Alex Jordanov, a été initialement publiée dans Le Nouvel Obs du 11 avril 2013]

Trafic de drogue, grand banditisme, faux papiers: le djihadiste franco-algérien était en liaison étroite avec le terrorisme international. Derrière le Mohamed Merah présenté comme un « loup solitaire autoradicalisé » par les policiers de la Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI) au lendemain des tueries de Toulouse et de Montauban, qui ont fait sept morts, il en existe un autre. Loin du psychopathe au comportement imprévisible décrit par les services de sécurité. Notre enquête fait apparaître le tueur au scooter, qui a grandi en région Midi-Pyrénées, comme un djihadiste aguerri, évoluant au sein de la pègre salafiste, entre grand banditisme et trafic de drogue. Des témoignages inédits et plusieurs éléments de preuve corroborent ce portrait.

Au fil de nos investigations, nous avons rencontré le vrai propriétaire de son colt 45 (11,43 mm) et croisé le chemin de truands impliqués dans de vastes trafics de cocaïne, en provenance de zones contrôlées par le mouvement terroriste Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). L’un de ses ex-comparses, un Afghan, dont le témoignage n’a pas été versé au dossier judiciaire, donne la mesure de ses liens avec des réseaux djihadistes structurés en Europe, avec leurs caches d’armes, leurs faussaires et leurs passeurs. Quant à son frère aîné Abdelkader Merah, incarcéré pour complicité, mais qui clame son innocence, il apparaît sous les traits d’un caïd violent, lié à l’internationale salafiste, comme l’illustrent les contacts qu’il entretenait avec Hakim Benladghem, ce militant islamiste surarmé récemment abattu en Belgique.

Les traces d’un Colt 45
A l’issue du siège de son appartement, au moment de mourir, Mohamed Merah tient un pistolet 11,43. L’arme américaine fabriquée par la société Remington Rand porte le numéro de série 928669. L’enquête judiciaire, instruite à Paris par le juge antiterroriste Christophe Teissier, la mentionne, mais sans en déterminer l’origine. Or, remonter à la source permet de recenser les appuis et réseaux dont Mohamed Merah a bénéficié dans son expédition fanatique, meurtrière. Par le biais de membres de la Fédération française de Tir, « le Nouvel Observateur » a pu retrouver le propriétaire de l’arme. C’est un champion de tir longue distance habitant près de Toulouse, Alain Hugot, qui dispose de toutes les autorisations préfectorales requises pour la détention d’armes de guerre. Ce colt lui avait été volé le 29 juin 2011, lors d’un cambriolage commis alors qu’il se trouvait aux côtés de son épouse, hospitalisée. Les voleurs, manifestement bien renseignés, avaient dérobé deux caisses, une de 80 kilos d’armes (avec le colt à l’intérieur) et une autre contenant des centaines de munitions. Alain Hugot confirme par écrit que le numéro de série du colt dont Merah était en possession correspondait bien à celui de l’arme volée. Il avait du reste signalé la disparition de celle-ci lors de son dépôt de plainte auprès du commissariat central de Toulouse.

Ce rapprochement, les enquêteurs auraient pu l’établir l’an passé, dès les premières heures de l’instruction judiciaire sur Mohamed Merah, tous les dossiers de la région en relation avec des colts ayant été répertoriés. Or une erreur administrative a conduit les limiers de l’antiterrorisme à écarter cette piste. Dans un procès-verbal daté du 19 mars 2012 à 16 heures, ils signalent le vol du colt d’Alain Hugot, mais se trompent sur les références de l’arme. Un fonctionnaire a confondu le numéro de série avec le numéro de modèle. La boulette a sans doute détourné la justice d’une filière prometteuse. « Vous n’êtes pas dans le faux », observe-t-on au parquet antiterroriste de Paris. A l’époque, on avait retrouvé rapidement une partie du stock dérobé chez Alain Hugot, et plusieurs personnes ayant eu ces armes en main avaient été identifiées. Tel Didier Ferrer, 42 ans, le dernier utilisateur d’un gros calibre contenu dans la caisse de 80 kilos, un PGM Ultima Ratio, un fusil en usage chez les snipers des forces spéciales françaises, retrouvé dans un pavillon d’Albi, à 75 kilomètres de Toulouse, lors d’une descente de police au mois de juillet 2011.

Arrêté, Ferrer a refusé de révéler les noms des personnes lui ayant permis de se procurer l’engin. Connu depuis longtemps du SRPJ de Toulouse, il dort en prison depuis lors. Dans ce dossier, instruit à Bordeaux, il est poursuivi pour avoir participé à un vaste trafic de cocaïne entre l’Espagne, certains quartiers de Toulouse et d’autres villes du Sud- Ouest, avec des ramifications en Afrique du Nord. Selon nos informations, près de 350 000 euros en liquide ont été saisis dans cette opération de police, ainsi que huit voitures haut de gamme utilisées pour des go-fast – des convois roulant à grande vitesse pour acheminer de la drogue. Ce lien entre l’arme tenue par Merah, le grand banditisme et le trafic de coke ne doit rien au hasard. Mohamed Merah conduisait bel et bien des chargements pour des go-fast. Plusieurs éléments recueillis au cours de cette enquête nous éclairent sur son implication et, au-delà, sur la participation des salafistes au commerce illicite de la drogue.

Un témoin inédit
Un témoin de premier plan en parle sans ambiguïté, Amir Mohamed, un Afghan de 21 ans au passé judiciaire chargé. Certifiant que Mohamed Merah participait à des go-fast, il précise l’avoir accompagné dans certaines de ses équipées. Débarqué en France à 15 ans dans l’espoir de rejoindre la Grande-Bretagne, Amir Mohamed échoue dans des foyers d’aide sociale de Midi-Pyrénées, se fait renvoyer, fréquente la petite délinquance, croise Mohamed Merah à Saverdun (Ariège) .Les deux garçons sortent du même moule, ils deviennent amis. A plusieurs reprises, nous nous sommes entretenus avec Amir Mohamed depuis sa cellule, par le biais de téléphones portables échangés entre détenus, la première fois au printemps dernier. Il était alors en maison d’arrêt à Gradignan (Gironde), dans l’attente d’être jugé. Il a depuis été condamné. Le 21 juin 2012, le tribunal correctionnel de Pau lui a infligé une peine de cinq ans de prison pour enlèvement, séquestration et violence sur personne vulnérable, des délits commis en relation avec la vente de drogue.

Quand Amir Mohamed était incarcéré, Merah lui faisait parvenir des « parachutes », c’est-à-dire des sachets en plastique qu’il lançait par- dessus le mur d’enceinte de l’établissement pénitentiaire, afin de lui permettre de « tenir le coup ». Amir Mohamed évoque un « parachute d’anniversaire » que Merah lui avait offert un an plus tôt. Les séjours derrière les barreaux et les coups « faciles » les rapprochent. « Merah vendait de la cocaïne et de l’héroïne », affirme Amir Mohamed. Ce dernier a vécu une aventure avec une lycéenne de Pau, que nous avons retrouvée et qui se souvient: « Merah l’a aidé en le mettant sur des coups pour qu’il se fasse du fric. Ils sont allés en Espagne plusieurs fois chercher du «matériel» [de la cocaïne, NDLR]. Ils conduisaient des voitures rapides, une BMW série 3. Ils faisaient du «go-fast». » Le jeune Afghan, lui, se rappelle des rencontres dans un appartement de Saint-Sébastien, en Espagne, en présence de « Colombiens et d’Africains ».

À l’automne 2009, Mohamed Merah, qui purgeait une peine pour de petites infractions sans rapport avec le terrorisme, sort de prison. Assoiffé de djihad, il demande à son copain afghan de lui trouver un passeur pour rejoindre les talibans dans leurs montagnes. Gare de l’Est, à Paris, nous avons retrouvé la trace d’Ali Husseini, un expert es frontières qui, selon Amir Mohamed, a aidé Mohamed Merah à se rendre à Kaboul, empruntant ainsi le chemin des réfugiés afghans en sens inverse. C’était le premier de ses voyages vers la zone sensible. Il y en a eu trois, ainsi que l’a précisé Bernard Squarcini, l’ex-patron de la DCRI, devant le juge antiterroriste Teissier, et non pas deux, comme l’indiquent les notes du service qu’il a dirigé. As de la débrouille, Amir Mohamed lui sert de guide. « Muhammad [Merah], c’est comme mon frère, témoigne-t-il. On est allés dans le «9 -3». Je lui ai présenté des collègues à moi au café, des Afghans. C’est des mecs qui habitent à La Courneuve, ils ont grandi en France, tout ça. Ca fait longtemps qu’ils sont en France, il est allé chez eux. » Mohamed Merah aurait ainsi rencontré un faussaire porte de la Chapelle, pour obtenir un faux passeport qui lui aurait servi à traverser la frontière poreuse entre l’Iran et l’Afghanistan, empruntée chaque jour par des centaines de clandestins. Toujours selon lui, Mohamed Merah ne part pas seul pour ces contrées d’Asie centrale, un homme l’accompagne: « Il est parti là-bas avec Saïd, un Algérien. Un mec du Nord, du 60 [l'Oise].»­ Arrivé­ sur­ place,­ il­ sollicite­ encore­ les­ relations­ d’Amir­ Mohamed,­ notamment­ à­ Kandahar.­« Il est allé chez mon « cousin » Abdullah à l’hôtel Mirwais, où il travaille »,­assure-t-il.

Souvent, ­lors­ de­ nos­ échanges,­ Amir­ Mohamed­ monte­ le­ son­ de­ sa­ radio­ pour­ ne­ pas­ attirer­ l’attention­ vers­ sa­ cellule.­ Au­ fil­ de­ ses­ confidences,­ un­ personnage­ clé­ apparaît­ dans­ l’escalade­ meurtrière­ de­ Merah­:­ appelons-le­ Rachid.­ Les­ différents­ mondes­ de­ la­ nébuleuse,­ au sein­ de­ laquelle­ le­ Toulousain­ d’origine­ algérienne­ évolue,­ pourraient­ s’articuler­ autour­ de­ ce­ djihadiste­ naviguant­ entre­ la­ France,­ la Grande-Bretagne­ et­ la­ Belgique.­ «Un soir, on est sortis tous les trois d’un kebab à Marx-Dormoy ­[station ­de ­métro ­du ­nord ­de ­Paris], je leur ai dit que je travaillais jusqu’à 3 heures du matin. Je les ai retrouvés à l’hôtel Torcy [dans­le­18e ­arrondissement]. La première fois, Muhammad [Merah] n’avait pas d’argent pour les armes, Rachid a arrangé ça. Il vient d’Asnières. Il doit avoir 43-45 ans, quelque chose comme ça. »
Amir Mohamed souligne que les services de renseignement le recherchent depuis un bon moment: « Cela fait longtemps qu’ils sont au courant. Depuis que Muhammad [Merah] est mort. Ils ont retrouvé des photos de moi, Muhammad et Rachid, tous les trois ensemble. Il ne dort pas chez lui. Il dort à Paris, à l’hôtel, à gauche, à droite. » Des détails opérationnels accréditent l’importance que lui accorde ce témoin. Comme cet immeuble situé près du pont d’Argenteuil (Val-d’Oise), non loin d’un bâtiment de la Snecma, qui aurait servi un temps de cache d’armes. Ou cet autre immeuble, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), également utilisé pour dissimuler des armes.

Sur le plan judiciaire, les confidences d’Amir ont connu une étrange destinée. Une semaine après la tuerie de Toulouse le 26 mars 2012 exactement -, celui-ci a reçu la visite en prison de deux policiers de la sous-direction antiterroriste (Sdat). Les presque quatre heures d’interrogatoire se sont déroulées dans la salle des fouilles. Les questions portaient sur ses relations avec Mohamed Merah, comme l’affirme l’avocate d’Amir Mohamed, Béatrice Spiteri. « Il a connu Merah quand il a été placé en foyer à Saverdun, précise Me Spiteri. C’est lui qui avait donné à Merah l’adresse de contacts où celui-ci s’est rendu en Afghanistan. » Cependant, nulle trace de l’audition d’Amir Mohamed ne figure dans le dossier Merah instruit à Paris. A la Sdat, on se montre évasif sur ce point. Au parquet de Paris, c’est silence radio. «Il y a une information judiciaire en cours », dit-on. A Pau, Me Spiteri ne décolère pas: selon elle, les policiers ont conclu un étrange marché avec son client pour recueillir des informations sur les cercles de Merah à Paris.

Le chef Abdelkader
Entre grand banditisme, trafic de drogue et djihadisme, pour appréhender les divers réseaux dont a bénéficié Mohamed Merah, la justice devra déterminer le rôle exact du seul homme incarcéré à ce jour dans cette affaire, pour une complicité présumée: son frère Abdelkader. En 2007, il a été impliqué dans la filière des djihadistes toulousains partis en Irak, sans pour autant être inquiété par la DCRI. Son neveu de 16 ans, Théodore, a raconté au juge comment Abdelkader l’encourageait à une stricte observance des principes salafistes, mais surtout comment il tentait de lui donner le goût de la mort en l’invitant à visiter des morgue s et en lui proposant des ouvrages qui la glorifient. Sa présence dans des trafics de drogue lui a valu des séjours en prison. Dans le quartier des Izards, à Toulouse, plaque tournante du trafic de drogue en Midi-Pyrénées et objet de descentes de police, que relate « la Dépêche du Midi », un témoin par le de ses visites en compagnie de Sabri Essid, responsable de la filière djihadiste de 2007, pour exiger des vendeurs de drogue qu’ils la cèdent aux mécréants, exclusivement. Un comportement de chef. L’aîné de la fratrie Merah, Aldelghani, a, quant à lui, décrit Abdelkader comme un mentor chez les djihadistes, capable d’avoir ordonné à Mohamed Merah de commettre des assassinats.

Connexions en Belgique
Un récent épisode criminel vient nourrir ce soupçon. Mardi 26 mars, faubourg de Bruxelles, un 4×4 Nissan de couleur noire immatriculé en France est pris en chasse par la police belge. Son conducteur est soupçonné d’avoir participé au braquage d’un restaurant et de fricoter avec le grand banditisme. Course-poursuite, interception. Le chauffeur saisit un pistolet posé sur le siège passager. Echange de coups de feu. Il est abattu. Les enquêteurs découvrent chez lui 26 000 euros en liquide et un arsenal militaire. Fusils d’assaut, gilets pare-balles professionnels, munitions pour armes de guerre, mais aussi des drapeaux glorifiant le djihad et le combat contre les croisés. L’homme s’appelle Hakim Benladghem, né le 23 octobre 1973 à Nancy. Avec son jeune frère Farid, il figure dans plusieurs dossiers instruits en France et en Belgique. Pas n’importe lesquels.

Mais surtout, selon des relevés de la DCRI que nous avons consultés, des investigations visant les frères Benladghem, lancées à Paris en 2008, ont mis en évidence de nombreux contacts avec un numéro de portable utilisé par Abdelkader Merah. Une proximité pas si étonnante. Les frères Benladghem ont côtoyé deux salafistes connus de la justice, Jean-Michel et Fabien Clain. Le premier a participé au mariage religieux de Souad Merah, la grande soeur d’Abdelkader. Tandis que Fabien Clain a été condamné à cinq ans de prison le 9 juillet 2009, toujours dans cette même affaire de filière irakienne démantelée en 2007. Entre les dossiers des salafistes belges et français, une personnalité se dégage, sorte de trait d’union entre les uns et les autres, Moez Garsallaoui, comme le montrent plusieurs rapports du procureur fédéral de Belgique adressés à la CIA. Garsallaoui, qui serait décédé, selon une information non confirmée donnée par un site djihadiste, jouait au sergent recruteur sur divers forums djihadistes qu’il contrôlait.
Poursuivi à Paris et à Bruxelles, condamné en Suisse, il est parti en Afghanistan, où il aurait coordonné plusieurs opérations pour le compte des talibans. Une note de la DCRI atteste qu’il est le signataire d’un communiqué rendant hommage à Mohamed Merah, publié en arabe sur le site islamiste As-Ansar, au soir du 22 mars 2012.

En remontant la source de ce djihad made in Europe, nous avons croisé les routes de la cocaïne qui remontent du Mali et de Mauritanie, et les chemins de truands toujours à l’affût d’un partenariat. L’existence de cette alliance trouble où, dans les sables du Sahel, se confondent cocaïne, salafistes d’Aqmi et armes de guerre nous a été confirmée par le numéro deux des services de renseignement libyens, Salaam Hassi, rencontré il y a peu à Paris. Selon un rapport du mois de février dernier de l’Office des Nations unies contre la Drogue et le Crime, environ 18 tonnes de cocaïne destinées au marché européen arrivent chaque année par l’Afrique de l’Ouest, en provenance d’Amérique du Sud. Une valeur marchande estimée à 1 milliard d’euros pour les grossistes européens. Parmi les portes d’entrée de la drogue, la Guinée-Bissau, un Etat déliquescent, sans gardes-côtes, mais avec 90 îlots sur la façade atlantique, où l’on ne compte plus les entreprises de pêche contrôlées par des familles colombiennes. Au Mali, à quelques centaines de kilomètres, des agents français de la Direction du Renseigne ment militaire ont pu prendre la mesure des alliances que supposent ces flux.

Notamment dans le quartier de « Cocaïne City », à Gao, où soldats de la charia et soldats de la coke s’entendent comme larrons en foire. Les uns garantissant aux autres l’acheminement de leur marchandise à travers le Mali, la Mauritanie, l’Algérie ou le Maroc, jusque vers l’Espagne. En contrepartie d’une participation aux bénéfices – l’espoir de terminer dans un paradis peuplé de vierges ne suffit pas à nourrir son djihadiste. Dans leur dernier rapport, les fonctionnaires de l’ONU considèrent comme « préoccupante » la participation d’Aqmi à ces trafics. Lesquels constituent des points de convergence.

La clé pakistanaise
Ces multiples réseaux servent à recruter de jeunes Européens en quête d’identité pour les envoyer au Sahel, en Afghanistan ou au Pakistan. C’est en tout cas l’analyse des services secrets pakistanais, qui scrutent leurs allées et venues. Dans les salons de l’hôtel Marriott de Karachi, nous avons rencontré il y a deux semaines un cadre de l’Inter-Services Intelligence (ISI), les services de renseignement d’Islamabad. Selon cet agent, proche de l’enquête locale sur Mohamed Merah, ce dernier « était suivi sur le terrain dès son arrivée au Pakistan par des opérationnels travaillant pour les services français. Il était clairement important pour eux. On les a laissés faire. Avec nos collègues français, nous partageons les renseignements sur tous les militants d’origine française, mais on ne pouvait pas s’exprimer publiquement sur Merah pour ne pas les embarrasser ».

Pour lui, Merah est entré en contact à Lahore avec « un individu intéressant », c’est-à-dire une personnalité suivie par l’ISI, en l’occurrence un membre du Lashkar-e-Taiba, mouvement islamiste très actif dans la guérilla au Cachemire et impliqué dans les attentats terroristes de Bombay. Ces prises de contact correspondent à la période où Mohamed Merah faisait l’objet d’une surveillance de la part des services français, avant que la DCRI ne décide de baisser la garde, pour des raisons non élucidées qui sont au centre d’une plainte pour négligence déposée par la famille d’une des victimes. Sur place, Merah aurait été cornaqué par un membre d’un groupe de talibans pakistanais, le Harkat-ul-Jihad-al-Islami (Mouvement pour le Combat islamique) . A l’origine basé en Afghanistan, ce groupe taliban, reconstitué au Pakistan, concentre ses efforts contre l’Inde, l’ennemi juré. Coïncidence ou pas, les mentors de Merah au Pakistan lui auraient demandé d’éliminer l’ambassadeur de l’Inde en France, autrefois en poste à Islamabad. A cet homme, souvent entouré de gardes du corps, il préférera des cibles plus faciles, et désarmées.

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