« Al Qaida vaincra », aux Éditions Flammarion Privé

"Al Qaida vaincra" est un journal de bord, un récit de voyage aux origines des soutiens et des financements du terrorisme islamiste (paru en 2005). Du Yémen, au Soudan et jusqu'à Paris. Il s'articule autour d'échanges épistolaires avec une artiste, la photographe Sieglinde Klupsch, dont le travail a été alors une source d'inspiration ( voir ici pour une partie de son catalogue). De nombreux extraits du livre peuvent être téléchargés au bas de cette page.

Préambule

Chère Sieglinde ;

Nous ne nous connaissons pas, mais je soupçonne que votre œil les heurtera plus durablement que mes mots ; au point peut-être de modifier des comportements, de changer des politiques. Je veux vous raconter comment le terrorisme islamiste ici s’apparente à une lutte de libération là-bas. Je veux vous montrer combien le grand combat des nations libres contre ce terrorisme revient à un jeu de dupe, arbitré en Europe et aux Etats-Unis par un collège de petits chefs ventripotents, tout à fait comblé du pouvoir inespéré qui leur revient depuis le 11 septembre 2001, et dont la servilité et la prudence participent au bonheur des responsables gouvernementaux en ce qu’elles ne troublent pas les relations ignominieuses qu’ils entretiennent avec les dirigeants de la plupart des États islamistes depuis près de cinquante ans.

Regardez-moi. Je vais vous disséquer à vif ces relations-là, sous vos yeux et jusqu’à vous éclabousser. Vous sentirez – avec vos narines – combien elles nous gangrènent. Je ne suis qu’un arpenteur des zones les moins fréquentables de notre monde en marche, je travaille seul, sans le désir d’extraire une vérité, mais avec celui d’instiller des doutes. Mon regard, nécessairement partiel, ne me dirige que vers une seule conclusion : al Qaida s’est autrefois imposée comme la branche militaire d’une vaste révolution sociale, théoriquement légitime dans ses fondements, abjecte dans ses méthodes (le terrorisme), inacceptable dans ses objectifs (la charia pour tous), et nous l’y aidons beaucoup trop. C’est un soupçon, moins qu’une vérité. Derrière la lutte contre ce réseau terroriste, dramatiquement ralentie par quantité de sales affaires dont vous sentirez chacun des relents en tournant ces pages, se profile confusément je crois un noble combat politique, au nom duquel doivent s’engager des hommes de bonne volonté, désintéressés – s’il en reste – orientaux et occidentaux réunis.

J’explore depuis trop longtemps ces poubelles-là. Je les fouille en me répétant cette profonde réflexion de Sécé, le seul agent de renseignement fréquentable à mes yeux, immergé dans des activités opérationnelles, loin des arbitrages politiques des bureaucrates des services secrets français – où l’on minaude beaucoup avec les médias et où l’on se dénigre copieusement les uns les autres, le tout dans le plus grand secret, forcément. Sécé aime à répéter : « al-Qa’îda, c’est une foire du slip à laquelle ce serait invité un régiment de boules de pus ». Ça n’a pas vraiment de sens, je sais. Ce n’est pas une phrase, c’est un tableau de Francis Bacon.

La nuit parfois, quand j’arrête de travailler, ce tableau, je le vois, il est accroché derrière le rideau de mes paupières, à l’intérieur. C’est une toile monumentale, mais le centre seulement en est peint. De larges stries se distinguent, dues aux passages, puissants et ininterrompus, d’un épais pinceau. Là, partout, le Francis Bacon de mes rêves a rageusement étalé du métal et du noir, entrelacés. Tout au milieu, ces larges serpents entourent des dizaines de visages rouge sang, qui rigolent, tous. Oui, on se marre beaucoup à l’intérieur. Dans cette foule, Sieglinde, comme vous le découvrirez dans les pages suivantes, j’aperçois souvent des barbus en quête d’un pouvoir politique qui bichonnent une jeunesse Arabe asservie, j’y devine parfois notre ministre de la Culture discutant d’un contrat d’armement avec l’un des argentiers d’Oussama Ben Laden, j’y vois encore notre Jean-Louis Bruguière international abandonnant volontairement la seule procédure possible contre l’organisation qui finança jusqu’en 2001 les camps terroristes d’al-Qaida, j’y croise tantôt des fonctionnaires de l’Agence à l’énergie atomique brandissant des documents effrayant sur la quantité de matériels nucléaires sortant de nos propres sites, tandis qu’un peu plus loin, au fond, des agents de l’ONU tenus au secret répertorient  les mesures de lutte contre le terrorisme que n’appliquent pas les principaux États concernés, en disant entre eux des blagues que je n’entends pas. Un joyeux merdier, un vrai.

Si au fil de ce journal, Sieglinde, de telles images confisquent vos cauchemars habituels, si vous cherchez à comprendre comment nous en sommes arrivés là, je vous conseille en guise d’instant d’évasion la lecture d’un petit livre de Stefan Zweig, c’est la biographie de Joseph Fouché. Abject roi des espions, vomitif prince des manipulateurs, surdoué ministre de la Police de Napoléon Ier, référence absolue des chefs du renseignement français et de beaucoup trop de députés. Joseph Fouché inspire à son auteur ce constat superbe de naïveté : "Hélas ! L’histoire universelle n’est pas comme on le montre le plus souvent une histoire du courage humain ; elle est aussi une histoire de la lâcheté humaine". Comme si deux Histoires se juxtaposaient : la première bonne à offrir des représentations rassurantes à la France qui n’a pas le temps de s’informer, de contrebalancer ; la seconde, plus discrète, bonne à pétrir le réel dans des odeurs pestilentielles et, hélas, à d’aucuns enivrantes. Ces champs de pourriture, j’ai essayé de les capturer dans ces pages. Puissiez-vous, Sieglinde, cadrer ce panorama dégoûtant dans votre objectif pour donner à d’autres l’envie de réformer, transformer, avec votre œil subversif qui sait enchanter les immondices. Une image peut troubler tellement d’esprits, soulever des peuples, donner le courage nécessaire à des minorités. Individuellement, je ne peux rien. Mon esprit est vidé, ma mémoire déborde d’histoires écœurantes.

Une fois ce journal achevé, je ne serai plus d’aucune utilité. Je ne nourris plus le moindre espoir sur la capacité de nos sociétés à absorber cette onde de choc ; encore moins sur l’efficacité de nos institutions judiciaires dans la lutte contre ce terrorisme islamiste. C’est aussi pour cela qu’ils nous vaincront, par forfait de ce redoutable ennemi que nous devrions être pour eux, incapables d’opposer nos idées aux leurs, effondrés sur nos propres genoux, affaisser avant même le début du combat. Nous sautillons et nos poings gesticulent dans le vide, pour sauver les apparences, sans se confronter réellement, sans se battre jusqu’à tomber d’épuisement, dégoulinant de sueur, tapissés de bleus. Non, pour relever les défis posés par ce phénomène, nous nous en remettons seulement à une liste de mesures policières. Une catastrophe. Nous le comprendrons un jour à nos dépens. Pour l’heure, je vous laisse un journal qui raconte ces trahisons, ces fuites, ces aveuglements. Faites-en ce que vous pouvez.

Au revoir,
Paris, le 1er mars 2005.

PS : je glisse à l’intérieur de ce journal des notes ou des lettres de services de renseignement, des documents internes d’organisations proches d’al-Qaida, ou des rapports confidentiels qui vous aideront, je crois. C’est pour vous faire une opinion par vous-même. Je laisse également quelques courriers échangés avec une amie ; vous verrez, c’était avant de vous trouver.

Télécharger ici la suite... "Premier Jour" extrait du livre "Al Qaida vaincra", consacré au contexte historique dans lequel s'inscrivit le développement d'Al Qaida.

Télécharger ici "Deuxième Jour" extrait du livre "Al Qaida vaincra", consacré aux origines idéologiques et politiques d'Al Qaida.

Télécharger ici "Troisième Jour" extrait du livre "Al Qaida vaincra" portant sur la participation de certaines ONG islamistes de dimension internationale, au financement et à l'aide logistique des mouvements islamistes armés.

Télécharger ici "Quatrième Jour" extrait du livre "Al Qaida vaincra", consacré au fonctionnement des services de sécurité vis-à-vis d'Al Qaida.

Télécharger ici "Cinquième Jour" extrait du livre "Al Qaida vaincra", consacré notamment aux contrats d'armement signés par la France entre 1993 et 1994 par le biais d'intermédiaires saoudiens, eux-mêmes impliqués dans le soutien aux mouvements islamistes armés.

Télécharger ici "Sixième Jour" extrait du livre "Al Qaida vaincra", consacré à la duplicité de certaines institutions financières d'origine saoudienne.

 

Catalogue de l'ensemble des livres parus, sur le site de la BNF.
Page Amazon des livres.

 

« Al Qaida vaincra »,  aux Éditions Flammarion Privé